Poète Marieka-p

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Faute d'orthographe

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Les écrivains n'ont pas tous une orthographe irréprochable, il en est même qui étaient carrément fâchés avec les règles de la langue. Daniel Picouly, dans son livre, La faute d'orthographe est ma langue maternelle (Albin Michel), un long monologue qu'il a joué au théâtre, raconte ses souvenirs de dictée. Un jour qu'il a commis 26 fautes et demie, l'instituteur déclare que pour faire autant d'erreurs «il faut être bête à manger du foin». Ce qu'ignore le maître d'école, c'est que la mère du petit Daniel elle aussi fait des fautes à tous les mots. Dans l'esprit de l'enfant, le professeur vient d'insulter sa mère. Pour la défendre, faire corps avec elle, il s'accrochera à ses fautes d'orthographe…

Picouly précise que son père, lui, écrivait sans erreur: «Il envoyait aux HLM des demandes sans faute qui revenaient sans HLM. On est restés mal logés. Alors que grâce aux fautes d'orthographe de ma mère, on est restés en bonne santé.» En effet, lorsqu'ils étaient malades, les enfants Picouly, à la seule pensée que leur mère devrait écrire un mot d'excuse truffé de fautes, sortaient de leur lit miraculés…

Moins 40 en dictée

Autre cancre célèbre, devenu professeur de français et romancier, Daniel Pennac, l'auteur de Chagrin d'école (Gallimard). Lui aussi avait des moins 40 en dictée. «Mais en tant que professeur, j'ai entretenu des relations très étroites avec l'orthographe. Je me suis même fait une spécialité de guérir en très peu de temps les élèves prétendument dysorthographiques après m'être assuré qu'ils n'étaient ni sourds ni dyslexiques.»

Interrogé par le Petit Robert, Erik Orsenna, académicien français, n'a pas peur de dire que ses doutes sur l'orthographe l'obligent sans arrêt à consulter le dictionnaire. Il connaît les règles de base, qui sont au nombre de dix selon lui, mais ce qui s'en écarte lui échappe, les redoublements de consonne par exemple. «Mais la merveille du dictionnaire, c'est que lorsqu'on cherche quelque chose, on en trouve une autre. On voyage dans la langue française.» Sur sa table d'écrivain, les dictionnaires trônent à côté de la carte du monde où il vérifie sa géographie.

Claire Delannoy, éditrice chez Albin Michel, témoigne: «Les auteurs n'aiment pas parler de leurs problèmes en orthographe, mais certains m'avouent être dyslexiques. Parfois ils se sont même mis à écrire pour surmonter leur handicap.» Pourtant, lorsqu'elle reçoit le courrier d'un auteur inconnu accompagné d'une lettre disant «Je vous soumet ce manuscrit», elle ne peut s'empêcher d'être irritée. «C'est comme s'ils voulaient construire une maison sans connaître les lois premières de l'architecture.» N'empêche, de grands écrivains comme Proust et Balzac commettaient parfois des fautes d'orthographe, leur correspondance en témoigne. Anouilh et Cocteau aussi. Cocteau dans une lettre de 1952 à son éditeur Pierre Seghers l'avertit qu'il commet des fautes dans ses manuscrits: «Ma main écrit ce que lui dicte mon œil, et non ce qu'elle devrait, si bien qu'il m'arrive souvent de faire des fautes, auxquelles il faut veiller.»

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Je suis la faute d’orthographe.

On me poursuit mais je reviens ;

J’ai deux f pour la girafe

Et je mets de l’a dans le vin ;

Je confonds la pâte et la patte,

Je mêle les sauts et les sots,

J’oublie un t quand je me gratte

Et je mets trois s à cerceau. 

Les consonnes et les voyelles

Grâce à moi s’en vont voltiger

Au pays des g et des geais,

Au pays des l, des ailes,

Au pays du je ne sais quoi

Où nous attendent des surprises,

Une reine portant des bois,

Un renne aux couronnes exquises, 

Un pays sans conditionnel,

Sans subjonctif, où toute chose

Met son pluriel avec des roses,

Son singulier avec du ciel.

 

                                           Pierre Gamarra 

 

 

 

 

 



13/06/2014
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